« Comment peut-on être belge? », c’est la question que Charles Bricman, journaliste et ancien directeur du service juridique de l’ULB, nous pose. Comment avoir un sentiment de patriotisme vis-à-vis d’un pays qui se tient continuellement sur le fil du rasoir et que d’aucuns décrivent plutôt comme une création politique que comme une nation ayant ses racines dans une seule histoire. Nous vivons dans un pays qui fût un courant d’air militaire. Il compte désormais sur un gouvernement au goût d’Atlantide.
Charles Bricman entend « tenter de comprendre pour aider à comprendre ». Il retrace l’évolution de notre vie politique et de sa bipolarité depuis les années 1970 en ponctuant son propos de retours en arrière, jusqu’en 1831, afin de nous faire comprendre le pourquoi de l’impasse actuelle.Il nous propose de mieux cerner le passé afin d’envisager au mieux l’avenir – s’il existe- de notre pays.
Nous avions déjà constaté lors de la parution en novembre de L’histoire de la Belgique pour les nuls, que les belges francophones, et les jeunes en particulier, ne connaissaient pas bien notre pays. Il est vrai qu’à l’école, mais également à l’Université, il n’existe que peu ou prou de cours d’histoire consacré à l’histoire politique de la Belgique dans la deuxième moitié du XXème siècle.
J’ai aimé, en plus du sujet, son propos. Charles Bricman pose des faits, en cherche les raisons. Et tout cela dans un langage clair et accessible. Si les belges se l’arrachent et parcourent les librairies pour l’obtenir, n’oublions pas que cet essai a été publié chez Flammarion et plus précisément dans sa collection « Café Voltaire », du nom du café littéraire – haut lieu d’échanges et rencontres culturelles s’il en est! – et dans laquelle la maison d’édition a désormais ses bureaux. Je ne puis toutefois pas garantir que les français comprennent grand chose à l’histoire…
Le livre de Charles Bricman est donc à lire et à conseiller pour remettre ses connaissances à jour – ou les acquérir – et avoir sur notre pays un regard pertinent.
Comment peut-on être belge?, Charles Bricman, Flammarion, coll. « Café Voltaire »
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C’était il y a trois ans et sept mois. Le centre de gravité avait basculé en Wallonie et enfin, on allait voir ce qu’on allait voir : fini le népotisme, fini la corruption, fini l’assistanat ! Et quoi ? Rien, bien sûr ! Cela faisait bien longtemps qu’on savait que ces élections-là, il valait mieux ne pas les gagner, parce que les gagnants allaient devoir négocier et « détricoter » (c’est le mot qui revenait le plus souvent) l’État fédéral. D’ailleurs, tous les chefs de partis (gagnants et perdants) le disaient haut et fort : « nous n’avons pas peur de l’opposition ! ». Oui, ben, quitte à vouloir rester dans l’opposition, autant ne pas se présenter et laisser leur place à ceux qui veulent faire profiter le pays de leur projet ! On connait la suite : négociations, BHV, démission, BHV, échec, BHV, retour des socialistes, BHV, crise, BHV, Fortis, BHV, re-démission… Ces trois ans ont vraiment été longs. Heureusement, dans le Nord du pays, un petit génie a décidé de retirer sa confiance au gouvernement : ça ne rate pas, bien sûr, des élections anticipées ont été programmées le 13 juin 2010 et ce, alors que, et c’est vraiment pas d’bol, on était proche d’un accord sur BHV, il ne manquait plus que quelques jours.
C’était il y a sept mois. De nouveaux gagnants prennent place dans notre paysage politique : la NVA fait un carton mais qu’importe car, sans les libéraux, plus de De Croo, plus de FDF, plus facile, donc et cette fois, on va voir ce qu’on va voir ! C’est donc reparti pour un tour : Informateur, Pré-formateur, Négociateur, Clarificateur, Conciliateur ; et pendant que nous cherchons de nouveaux mots en –teur pour le Roi, nos chers gagnants des élections sont toujours à la recherche d’un compromis sur Bruxelles-Hal-Vilvorde. À l’étranger, on comprend difficilement le problème et c’est tant mieux ! En effet, si les gens se rendaient vraiment compte pour quoi nos dirigeants s’écharpent depuis des mois et des décennies, il n’y aurait vraiment plus besoin des blagues belges pour que l’Union Européenne tout entière se gausse de nous. Pourtant, regardons cet arrondissement d’un peu plus près et ce que chacun veut.
Les Flamands veulent scinder l’arrondissement purement et simplement. En clair tous les gens qui habitent dans le « HV » de BHV devront voter pour des partis flamands et se faire juger en Flamand. On peut aussi parier sur une disparition des communes à facilités dans les années qui suivent. Inacceptable ? Inacceptable de parler un peu la langue de son voisin ? Si tous les francophones de la périphérie avaient mis leur énergie à contribution pour apprendre le Néerlandais durant ces trois dernières années et sept mois, la suppression de ces facilités serait-elle vraiment insurmontable ? En fait, non, elle ne le serait pas. Pas plus que celle de voter pour un « Groen ! » à la place d’un « Ecolo » (il ne faut voir là aucune préférence politique, j’ai choisi ce parti là parce qu’ils ont un groupe commun à la chambre). Mais cela nécessiterait un effort énorme : reconnaitre que, cette fois, ce sont les Flamands qui ont raison, et que ce sont aux Francophones de se montrer raisonnables et c’est difficile d’être raisonnables, surtout en politique.
Les Francophones veulent élargir la Région Bruxelloise au six communes à facilités. En clair, les six communes seraient définitivement bilingues, on peut penser que les trois terroristes qui ont osé envoyer à qui le demandait une convocation électorale en français (convocation électorale qui, soit dit en passant, n’est même pas un document officiel ; pour voter il faut et il suffit de présenter sa carte d’identité) et surtout, il existerait un lien territorial entre la Wallonie et Bruxelles, ce qui, en vue d’une éventuelle séparation pourrait s’avérer utile. Et alors ? Qu’est-ce que ça change de vivre dans une commune bilingue plutôt que dans une commune flamande où on « accorde » le droit de parler le français aux Francophones qui, par ailleurs, sont depuis parfois très longtemps majoritaires dans ces communes ? Qu’est ce que ça change de nommer trois bourgmestres (démocratiquement élus) et d’oublier leur petite maladresse ? Qu’est-ce que ça peut faire de céder une partie du territoire à la région Bruxelloise, alors que, il n’y a pas si longtemps, la Flandre à cédé un morceau de son territoire au Pays-Bas dans le but d’assurer une continuité territoriale ? (ceci est rigoureusement authentique, même s’il s’agit d’une frontière nationale et non régionale ; la frontière linguistique, on ne rigole pas avec ça alors que, le territoire belge, ma foi…) Rien. Rien de tout cela ne serait réellement problématique pour les Flamands et ce, même ceux qui se retrouveraient imbriqués dans la région Bruxelloise (parfois, les gens perdent vraiment de vue que, quelque soit la région on habite, on reste dans le même pays, qui lui, existe encore). En fait, pour que cela soit possible, il faudrait que les Flamands reconnaissent que ce sont les Francophones qui ont raison et que cette fois c’est au tour des Flamands de se montrer raisonnables et c’est difficile d’être raisonnables, surtout en politique.
Si on y réfléchit bien, il est possible de scinder BHV dès demain, il suffit pour cela de trouver 50 Francophones raisonnables, 50 Flamands raisonnables, de les élire députés : on a bien une majorité des deux tiers, et une majorité dans chaque groupe linguistique (ça fonctionne aussi si on prend 40 Francophones et 60 Flamands, mais je ne vais pas énumérer toutes les combinaisons possibles). En moins de temps qu’il faut pour le dire, le problème serait réglé, et tout le monde serait content : tout à fait possible, donc. Possible oui, mais impensable car pour être élus, il faudrait que ces gens fassent de la politique et c’est difficile de se montrer raisonnable, surtout en politique.
Quelqu’un a dit un jour qu’on avait les hommes politiques qu’on méritait. C’est nous qui avons amené cette bande de clowns au pouvoir. La scission de cet arrondissement, les problèmes linguistiques, la réforme de l’état, tout cela, n’est pas un « un problème de politique », car, dans ce cas, les Flamands ne voteraient pas pour la N-VA, les Francophones de l’arrondissement susmentionné auraient peut-être voté pour des partis démocratiques et traditionnels flamands plutôt que pour le FDF (mine de rien, ça aurait pu aider…). Nos hommes et femmes politiques ne sont pas raisonnables, mais nous non plus. Nous pouvons nous plaindre, mais nous vivons en démocratie et ceux qui nous représentent, nous les avons choisis, en toute connaissance de cause. En 2007, j’ai renoncé à la construction d’un état fédéral européen. En 2010, j’ai renoncé à vieillir dans un état fédéral belge (je suis vraiment convaincu que la Belgique telle que nous la connaissons aujourd’hui disparaitra tôt ou tard… mais plutôt tôt que tard). En 2012 (date des prochaines élections), j’espère que je n’aurai pas renoncé à la démocratie.
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Les éditions First réalisent, avec la parution de cette synthèse de l’Histoire de Belgique, un coup marketing sans précédent. D’une part parce que la période est judicieuse: nous sommes non seulement à la veille des fêtes de fin d’année mais nous nageons également en pleine incertitude politique. D’autre part, et par conséquent serais-je tentée de dire, nous avons besoin de connaître notre Histoire afin de savoir comment nous en sommes arrivés là, dans ce magma communautaire. Pourtant, ce n’était pas le but premier des auteurs: c’est bien l’histoire d’un territoire – dont les frontières ont fluctué au cours du temps- qu’ils décrivent et non celle d’un Etat ou d’un peuple.

Somme des matières du cours d’Histoire des primaires à l’Université, cet opus regroupe tout ce qu’il faut connaître sur notre confetti-pays. Parce qu’elle est riche, notre histoire; partagée, convoitée, indépendante, la Belgique est littéralement au carrefour de l’Europe et c’est cette matière-là qui peut être parfois difficile à ingérer. Un livre pareil ne peut nous faire que du bien! Il fallait donc bien les esprits éclairés et critiques que sont Fred Stevens et Axel Tixhon (que j’ai par ailleurs eu comme professeur à l’Université) pour mener à bien cette mission. Ces universitaires ont réussi la gageure de nous faire comprendre les évolutions de notre pays.
On y retrouve également, en plus d’illustrations de Pierre Kroll, quelques chapitres intéressants – les “dix” propres à la collection – consacrés aux symboles (ah, le chocolat!), aux personnalités et aux sites de Belgique qu’il nous faut connaître afin de les valoriser au mieux et d’améliorer notre image de marque à l’étranger.
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La composition des assemblées politiques ne varie pas, alors que les problèmes à traiter touchent à tous les domaines de la vie publique. Cela revient à remettre la décision finale sur un sujet donné aux mains de gens qui n’en ont pas la moindre idée. Pas un n’aura la courage de dire qu’il n’est pas compétent dans le domaine pour prendre part à un vote. Finalement, chacun se persuade que, personnellement, il n’est pas le plus incapable du lot et que sa collaboration évite un mal plus grand.
Quand l’éloquence prend le devant sur les idées mûries, l’abrutissement atteint son paroxysme. L’hyper-médiatisation oblige les politiques à des discours courts et souvent simplistes. Sont-ce ces personnes au verbe facile les mieux placées pour diriger un pays? L’art de communiquer est sans nul doute capital. Doit-on pour autant lui laisser prendre le pas sur les idées de fond et les études fouillées? En s’arrêtant aux apparences, il est d’une simplicité extrême de démontrer l’inverse et son contraire. Est-ce qu’aujourd’hui, être politicien ne se résume pas trop à prendre les idées pensées par d’autres et se les approprier, de façon démagogique, devant le peuple?
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