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Les chèques-cadeaux, apothéose du consumérisme

Je ne sais pas vous, mais personnellement, j’ai beaucoup de mal avec les périodes où l’on offre des cadeaux. On se bouscule dans les magasins, et on ne sait jamais si ce qu’on achète va plaire ou non. Pour certains, on se force. Il arrive aussi qu’on redoute ce qu’on va nous offrir : « qu’est-ce que je vais faire de cette boue infâme ? », « où vais-je ranger ce satané bibelot ? », …

Souvent dénoncées comme « commerciales », les fêtes auraient aujourd’hui atteint un sommet : l’invention des chèques-cadeaux.

Je ne critique pas les fêtes en tant que telles, ni même au fond leur caractère « commercial ». Au fond, c’est peut-être une occasion pour certains de se rappeler qui compte, et d’essayer de se décarcasser pour eux. Certains ont besoin de ça, et cela égaie sans doute bon nombre de foyers. Beaucoup se disent qu’il ne faut pas attendre les occasions pour témoigner son amour, mais dans les faits, celles-ci sont quand même un bon rappel !

Néanmoins, quoi de plus atroce qu’un chèque-cadeau ?

Avant, en général, on offrait un truc d’une certaines valeur, et la personne qui le recevait offrait un autre truc d’une valeur similaire (dans certaines philosophies, et selon Mauss, le don implique le contre-don : celui qui se voit offrir un cadeau est en fait l’obligé de celui qui le lui offre, il est en quelque sorte dans une position d’inférieur, de redevable). A la limite, on pouvait envisager une « autre » valeur : le temps passé pour réaliser un bel objet, le fait de s’être cassé le cul à en chercher, etc.

Maintenant, on offre de la tune à l’état brut…

… Sauf que cet argent, on est obligé de le dépenser dans un espace (certains magasins) et un temps (péremption du bon) réduits. En gros, je t’offre 15€ (on n’a plus d’yeux que pour la valeur monétaire du présent), que tu peux dépenser à certains endroits, et vite, vite, car cela n’est valable qu’un mois ! En retour, le ou la « redevable » pourra offrir un autre bon de 15€ dont l’utilisation est restreinte.

C’est selon moi la consommation poussée à l’extrême. Par notre « cadeau », que j’estime « empoisonné », on pousse la personne à consommer. On offre de l’argent, de l’argent qui plus est périssable, et on en reçoit en retour…

Et vous, que pensez-vous de ces « chèques-cadeaux » ? Aimez-vous en recevoir ? Aimez-vous en offrir ? Aimez-vous être forcé à l’achat ?

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Augmenter le pouvoir d’achat ?

On a beaucoup entendu parler de ce terme avec les « crises » (plus médiatiques qu’économiques ?) des années 2007 à 2009. L’idée qu’il est nécessaire d’augmenter ce dernier pour les faibles et moyens revenus sans nécessairement diminuer celui des hauts revenus (ou alors, par un impôt sur la fortune) semble acquise. Cependant, je tiens à soulever plusieurs paradoxes :

 
1. En Belgique, on se plaint de la baisse du pouvoir d’achat, corollaire de la hausse des prix des denrées alimentaires. Or, le belge moyen gaspille énormément : dans un article du métro de la mi janvier 2008, on pouvait lire que le belge jette à peu près 2 kilos de nourriture par jour, sur plus ou moins 12 kgs de nourriture achetée. C’est énorme. Presque 1/5 des dépenses alimentaires volent à la poubelle.
C’est sans compter ce que les grandes surfaces, restaurants et autres jettent chaque jour eux aussi : en tout, on peut compter que dans nos pays industrialisés, un bon quart de la production de nourriture est jetée. Et il y a des gens qui crèvent de faim. C’est quand la société de consommation devient société de gaspillage qu’il y a un problème.

 
2. Le belge moyen voyage de plus en plus loin, et donc de plus en plus cher, quel que soit son statut social. Cela signifie que certains se plaignent d’avoir des factures à payer, réclament des augmentations salariales, mais à côté de cela, s’offrent le luxe de partir plus loin et plus longtemps, en polluant de surcroît (l’avion est de plus en plus prisé, contrairement au TGV ou à d’autres moyens de transport). D’ailleurs, je soulèverais un autre paradoxe, beaucoup plus social : l’être humain, qui veut aller loin, voir des choses (qu’il regarde en réalité tous les jours à la télévision) ne plutôt-il pas moins de choses que celui qui s’intéresse d’abord à ce qui se passe près de chez lui? La mer, la côte d’Azur, l’océan et le ski et de nombreux monuments incroyables ne sont pourtant pas si loin, même en Belgique…

 
3. Le belge dépense pas mal d’argent en alcool, en jeux de hasard et en tabac. J’ai entendu un homme se plaindre un jour qu’à cause de la baisse du pouvoir d’achat, il allait devoir acheter une bouteille de vin à 5 euros plutôt qu’à 10. Eh bien quelle privation! Pourquoi est-ce si fondamental de s’acheter des bouteilles de vin toutes les semaines?

 
4. Si on augmente le pouvoir d’achat, on aura tendance à continuer à ne pas faire attention à ce que l’on consomme, notamment au niveau de l’essence et du pétrole. Or, ces denrées sont un jour condamnées à disparaître. Leur prix élevé est aussi un signal au consommateur, signal qu’il faut changer ses habitudes en regard de la limitation des ressources.

 
5. Le belge dépense aussi de plus en plus en matériel informatique, en jeux vidéos, etc. Cela a aussi pour effet de tuer l’industrie du disque et peut-être celle du film, à cause du téléchargement illégal. Au delà de la responsabilité du consommateur, il y a surtout une grosse hypocrisie : on nous vend à bas prix des espaces de stockage de plusieurs Giga, voire Téra octets. Il est impossible de remplir de telles capacités avec de simples documents textes ou des photos : seules les musiques, les jeux et les films ont une taille assez conséquente pour remplir cela.

 
Lorsqu’on fait un budget, il faut des rentrées et des dépenses. En fait, il est impossible qu’un état réduise ses rentrées (les taxes !) s’il ne réduit pas ses dépenses. Du coup, quand on parle de « suppression » de taxes, il s’agit bien plus souvent d’un déplacement de taxation !
Les déplacements suggérés ici viseraient à responsabiliser les belges face aux paradoxes exposés.

 
En bref, taxer plus durement ces produits dont à la base personne n’a besoin et qui sont des incitations au téléchargement illicite, par exemple, c’est à la fois responsabiliser le consommateur en lui rappelant qu’il doit répartir son budget en fonctions de priorités telles que l’alimentation, et c’est débloquer des fonds pour rétribuer directement les auteurs des musiques téléchargées (qui ne touchent rien dessus, et sans passer par les industries du disque qui se font un maximum de pognon dessus). Enfin, c’est aussi permettre à l’état d’éventuellement diminuer le prix des matières premières, puisqu’ils taxent autre chose.

 
Ces paradoxes soulevés, il ne paraît plus aussi évident qu’augmenter le pouvoir d’achat sans aucune distinction soit une bonne chose. Néanmoins, il y a des gens handicapés, des gens qui se serrent la ceinture et font attention à leur consommation chaque jour, ne font aucun excès, ou fort peu. Il est injuste de condamner ces personnes à continuer à souffrir pour d’autres qui ne font pas attention. Cependant, il faut responsabiliser le consommateur, et si augmentation du pouvoir d’achat il y a, il faut que parallèlement, nous prenions conscience que les ressources sont limitées et qu’il y a des priorités.

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